Maëva & Clarisse Payet
Tout a commencé par une case mal louée
Nous avons grandi à Saint-Paul, entre le marché du vendredi et les bains du lagon. Maëva est
partie quinze ans dans l'hôtellerie — gouvernante, puis responsable hébergement dans un cinq
étoiles de la côte ouest. Clarisse est restée sur l'île, dans l'immobilier, où elle a passé
huit ans à estimer, vendre et gérer des biens du Nord au Sud.
En 2018, notre tante nous confie sa case créole du Bernica, louée depuis deux ans par une
agence lointaine. Photos floues, calendrier vide en pleine saison australe, ménage bâclé,
commissions opaques. Nous reprenons l'annonce un dimanche après-midi, par simple agacement
familial. Six mois plus tard, la case tourne à 80 % d'occupation et les voyageurs écrivent
des messages de remerciement.
Le bouche-à-oreille fait le reste. Trois voisins, puis un propriétaire de Boucan Canot, puis
un couple installé en métropole qui n'osait plus louer sa villa. En mars 2019, nous déposons
les statuts de Sisters Home dans un petit bureau de la rue de la Plage, à Saint-Gilles.
Nous étions deux. Nous sommes douze aujourd'hui, et nous refusons toujours des biens.
Ce que nous avons appris de l'hôtellerie et de l'immobilier tient en une phrase : un bien
n'est jamais un actif isolé, c'est un lieu où quelqu'un va dormir, cuisiner, se souvenir de
ses vacances. Nous le traitons dans cet esprit — et les chiffres suivent.